E[vo]l[u]tion[s]

août 31, 2008 at 12:03 (Archives, Nouvelles)

Un spore.
Il flotte lentement, se déplace au gré du vent, s’approche de l’océan, lentement, et , doucement, se dépose dans l’eau. Un microbe flotte, que dis je, un être unicellulaire descend, lentement, il dévore tout les autres êtres présents sur le spore, s’en va sous l’eau, dévore les microbes qui ont le malheur de s’approcher. Bientôt, l’être minuscule se métamorphose en petit poisson, qui dévore de minuscules herbes et d’autres poissons lui ressemblant. Ce poisson grossit peu a peu, migre de son habitat , s’approche de la côte. Les animaux marins qu’il a ingurgités le transforment, l’ADN de canard lui donne un bec semblable, celui de ragondin lui offre un corps poilu. Bientôt, cet ornythorinque sors de l’eau, se déplace vers une forêt, sa queue s’affine, son bec disparait pour former des lèvres de mamifère, son crâne se dévellope, il apprend a s’habituer a son habitat, qui se détériore. Il se voit dans l’obligation de changer de territoire. Durant sa migration, ses poils tombent,sa silhouette se redresse, il apprend a fabriquer des outils rudimentaires. Il s’organise en société, en tribu, chasse, se vêtit de peau de ses proies. Une nuit d’orage, un eclair vient frapper un arbre, des flammes lèchent l’arbre, c’est ainsi que notre être découvre une chose qui lui servira toute son existence, le feu. Avec ce feu, il réchauffe les siens, l’utilise comme arme, cuit ses proies.L’être se dévellope, son crâne double de volume, son caractère ne change pas, il ne cherche qu’a détruire. L’être ne sont plus un, ils se divisent : l’un d’eux décrètent qu’il est le plus fort, et les autres, crédules, adhèrent a sa téhorie : ils se regroupent autour de lui, travaillent sans s’arrêter , au mépris de leur vie, et lui obéissent. Ceux qui ne sont pas d’accord avec son point de vue se rebelle, et les autres le tue pour l’arrêter. Les êtres divisent les terres , s’attribuent des territoires qui ne leur appartiennent pas, dévellope d’autres outils pour tuer, des guerres éclatent. Un être se détache du lot, il se croit envoyé d’une puissance supérieur, rallie des gens a sa cause, est trahi. Il meurt, et la mort de cet être marquera les générations pour peu de choses. Ses fidèles répandent sa parole, d’autres ecrivent un recueil pseudo sacré, cette religion fais le tour du monde, lance une mode : d’autres religions voient le jour, autres que les mythologies qui existaient déja. La guerre est toujours présente, les gens se battent pour retrouver les terres qui ne leur appartenaient pas a la base, de nouvelles technologies voient le jour, des technologies visant a détruire. La peur s’installe chez les êtres pacifiques,la joie chez les êtres déstructeurs. Les êtres “différents” deviennent esclave. Peu a peu, une minorités de personnes comprennent que la différence ne veut rien dire, car nous sommes tous issus d’un même être , ainsi, L’égalité est de mise dans tout pays. Mais certaines personnes ne pensent pas la même choses, et enclenche deux guerres détruisant tout : hommes, animaux, terre. Chaque être est maintenant indépendant. Peu a peu, au fil du temps, l’homme continue a se dévelloper, a se battre, a tuer, a saccager, a polluer. Son crâne se dévellope, de la place de plus pour plus d’esprit guerrier. L’homme comprend peu a peu qu’il n’est qu’une nuisance pour la planète. Il s’auto-éradique. Il ne laisse aucune trace de civilisation , grande ou petite, éradique toutes ses technologies, toute trace de vie humaine. La vie animale est cependant préservée, tout comme la terre. Chaque être est en paix, pour de longs millénaires. La terre se ressource, lentement, reprend sa forme initiale. De nouvelles espèces aparaissent, non obstruée par l’étau humain. Soudain, une lumière fend les cieux. cette lumière se désagrège dans l’atmosphère. Cette pierre , devenue minuscule, s’enfonce dans la terre. Mais avant, une chose s’était détachée , qui volait lentement, doucement.

Un spore.

 

Pour le titre, comprendra qui pourra.

 

 

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Anihilation

août 24, 2008 at 4:13 (Archives, Nouvelles)

J’étais mort. J’étais mort, mais maintenant ca va mieux.
Vous m’excuserez , je n’ai pas pu resister. Mais c’est cette phrase qui convient le mieux a ma situation. Alors, bonjour, James Hurley, 45 ans, divorcé, deux enfants, en quête de l’âme soeur. Enfin, plus maintenant. Plus depuis ce trajet en voiture . Oh ,c’est pas que je le regrette, de toute facon, c’est ni plus ni moins qu’une mort. On pourrait penser que ca n’arrive qu’aux autres, diront les rageux. On pourrait penser que je le souhaitais, diront les dépréssifs. Et moi, je dirais Putain, ca fait chier mais bon , au moins je vais savoir, la vie après la mort : Mythe, Réalité?

Et bah, j’en suis pas plus avancé. Je suis mort, crack, un instant passe, un autre instant, et je suis extirpé par des mains expertes d’un foyer doux et chaud. Je dois me représenter, Bonjour, Prénom inconnu, Nom inconnu, environ 4 secondes, célibataire, couilles pas encore formés donc pour les enfants c’est nul, en quête de lait. Tiens donc, complications. Bon… Un instant. Un autre instant. Bonjour, Prénom inconnu, Nom inconnu, pas encore né. Ah, si. Celibataire, ovules non fécondés.En quête de repos. Tiens, un père en larmes derriere la vitre qui passe dans la chambre d’a côté. Bonjour, Ancien papa! Tiens, je me nomme maintenant Karine. Youhou. C’est le pied. Bon, j’ai visité deux fois l’eternité, aujourd’hui. Vous me direz “Mais non, t’es mort deux fois, tu veux dire ?!” . Et moi je vous dirais de relire le début . Je vous l’ai dis : Un instant, un autre. Qui dit que l’eternité c’est long? Tssss. Dans l’eternité, tu vis cent fois, tu parles aux Dieux, et tout et tout, selon ta conception ca dure longtemps, loooooooooooooooooongtemps, mais en fait c’est un instant, et t’es arraché de ta conversation avec Jesus pour te retrouver dans un corps de gamin. Mais tu remeurs, tu finis ta conversation, tu repars pour cent vies, et tu revies sous le nom de Karine. Bon, avance rapide, ca m’interesse pas mes premières années. Ha, voila le jour de ma mort. J’ai décidément une âme bien malchanceuse avec les voitures. Et crack , boum. Il faut dire aussi, si mes parents n’avaient pas loués une maison au bord de l’autouroute quand je jouait avec ma superbe voiture barbie, ca ne serait pas arrivé. Hop, l’eternité. Un autre instant. Alors, quelle vie cette fois ci…? Oh! Tiens! Je suis l’evolution de l’espece humaine née dans une éprouvette. Ca, c’est le pied! J’ai le corps et le cerveau d’un adulte en venant de naître. Bon. Purifions le monde. C’est ça qu’on m’a demandé, pendant mon dernier voyage dans l’au dela. Quand je suis arrivé a la période où j’allais être appelé , celui qu’on pourrait qualifier de Dieu m’a nommé pour un nouveau départ. Alors, allez, je vais y’aller. Mais faudra que je fasse vite, histoire que ceux que je tue trouve pas de nouveaux corps. Bâh, on s’en occupera plus tard.

Alors, je suis dans quel pays…? Japon? Très bien, je vais commencer par là. Allez, on va faire comme ils ont fait dans la deuxième guerre mondiale. Mais moi je le fais tout seul, je suis quand même le pote de Dieu. Une petite pensée, et crack, 204 bombes nucléaires qui éclatent sur l’archipel du Japon. Bon , comme ca, on est sûr, la moindre forme de vie est morte. Sauf moi. Je suis quand même le pote de Dieu. Bon, dirigeons nous vers la chine. Dommage que j’ai pas de fringues.

La chine, donc. Bon, prenons notre temps. J’ai dû avoir une âme de raciste avant. Pas grave. Allez, je fais boomer toute la partie nord. Ca va être marrant. La partie sud, je m’en charge . Tout seul. Sans bombe, c’est encore plus drôle. Mais bon, y’aura forcément quelques survivants . Qui relateront aux americains qu’un homme bête génocide la race humaine. Pas grave, ca risque d’être plus épicé. Je disais donc. La partie sud.

Ah, que de sensations. J’ai passé une année environ, a eradiquer tout les humains qui restaient dans les villes. Pendant ce temps, j’ai un acolyte qu’est né. En amérique. Il était censé se battre contre moi, mais c’est Nick. Mon frère, aussi un pote de Dieu. Mais lui il est plus malin , enfin, Dieu lui a fourni plus d’indications : Il ne faut pas pourrir la terre. Il a corrigé mes erreurs au japon et en chine.Tout est sain, tout est beau, sans humains. Bon. En russie, la resistance a été plus vive. Ils m’ont grugés, ces salopards. C’est vrai que ca fait mal, une bombe dans la face. Mais 43, je vous dis même pas. Mais bon, ca m’a pris moins de temps pour passer dans les villes et les tuer. En pologne, en lettonie et en lituanie, j’ai laissé Nick faire. Arrivé en allemagne, je me suis dit que c’était trop long : J’allais fêter mes deux ans, quand même. Alors bon, je me suis amusé a exploser le nord de l’europe. Ensuite, j’ai détaché la france du reste de l’europe . C’est maintenant une île. Inhabité, cela va sans dire. J’ai commencé par le nord. Les villes étaient désertes, tout le monde avait peur. A part quelques fanatiques qui me croyaient sauveur et qui se prenaient pour mes messagers. Je les ais tués. C’est bien simple, j’ai annihilé la majeure partie du cher pays des mangeurs de grenouilles. J’ai continué encore un peu a torturer les derniers, puis nick a gâché mon plaisir, il a tout fait sauter – pas avec des armes radioactifs , hein, faut pas déconner, on veut réparer la terre. Nân, il a fait ca avec des bombes normales, en ayant pris soin de virer les formes de vies autres que les humains qu’il restait dans cette zone. Je l’ai laissé partir en amérique du sud , qu’il a fait disparaître. Enfin, immerger.Non mais hô, y’a quand même des arbres la dessous. C’est important!Personellement, j’en avais marre de l’europe, alors j’ai tout fais pêter , sauf l’italie. Au vatican. J’ai vu le pape s’agenouiller devant moi, hey, respect, quand même!

Après avoir brûlé le reste de l’europe, je suis parti en amérique. A la nage. Plus drôle. Nick était parti en australie après avoir augmenté la glacification du groenland, pour cryogéniser les humains qu’il y avait la bas. Après, il les a fait sauter. J’avais 3 ans quand j’ai égorgé le président américain. Quand j’en ais fini avec l’amérique (sans la faire sauter, j’ai plutôt mitraillé avec ce que je trouvais de temps en temps, des cailloux, des falaises, le grand canyon… ), je suis parti en Afrique. Bon, là, rien de bien vert, j’ai préféré tout faire pêter comme l’auraient si bien fait les américains . Au final, il ne restait plus que 2 hommes sur terre. J’ai remercié Nick, puis je l’ai tué. J’étais le dernier homme sur terre. Je ne pouvais plus revivre, vrai?

Alors j’ai essayé de me tuer.

Essayé.

L’eternité ne dure qu’un instant, et après? Ben, on reviens dans un corps. Combien de corps restait il sur terre? Un seul, j’avais jeté celui de Nick au feu.

Alors qu’ais je fais? J’ai attendu. Aujourd’hui, j’ai 250 ans, et je suis enterré a quarante mètre sous terre, et je me suis fais pêter trois fois pour éradiquer mon corps. Heuresement, il est bouffé par les vers, je suis même plus un squelette. Juste un crâne. Si je me fais pêter encore une fois, c’en est fini. Je pourrais rejoindre tout ceux que j’ai tué.

BOUM.

Fin.

 

 

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Nouvelles

juillet 28, 2008 at 3:17 (Archives, Nouvelles)

Voici plusieurs nouvelles de Thomas Desmond, un ecrivain plutot bon dont le site vas vous être indiqués.

VOISINS BRUYANTS
Une nouvelle par Thomas Desmond

Quand est-ce qu’ils vont fermer leur sale gueule, ces empafés de mes deux ?
Deux heures que ses voisins faisaient un raffut du diable, et Patrick n’en pouvait plus. Il sentait sa mâchoire qui se resserrait, prête à broyer dans une gerbe de sang le cou d’un de ces petits cons.
Encore cinq minutes, et il ne pourrait plus se contrôler. Ou bien il montait pour leur décrocher un uppercut dans les dents, ou bien il faisait dans le vilain : un ou deux coups de fusils dans le plafond devraient suffire. De quoi leur farcir le cul à coups de plombs !
Il savait qu’il allait péter une durite et qu’il aurait mieux fait de se calmer, mais cela faisait trop longtemps que cela durait. Ces enfoirés de voisins avaient emménagé depuis déjà quatre ans et on aurait pu jurer qu’ils étaient encore perdus dans les cartons. Meubles qu’on déplaçait, objets qui heurtaient le sol, couverts qui s’entrechoquaient, voix qui portaient, dernière goutte de pipi qui faisait plic ou ploc, réveils nocturnes à coups de chasses d’eau, bains de minuit, soirées apparemment réservées aux sourds et malentendants, où tout le monde gueulait pour se faire entendre, guitare, batterie, chant… Bref, une vraie cacophonie permanente, capable de briser le calme du plus sage des hommes. Et Patrick était à court de calme.
N’y tenant plus, il courut d’un pas décidé chercher son fusil à deux coups et le chargea de cartouches 35g. Il se posta au beau milieu de son salon, pile en dessous des bruits de pas les plus forts.
Le visage rouge, coulant de sueur, les yeux révulsés, les sourcils arqués et les babines retroussées, il pointa le canon vers le plafond, et tira deux coups en hurlant de rage.
De la poussière tomba sur ses cheveux et recouvrit ses épaules. En haut, il entendit quelques hurlements de douleur.
– Vous pouvez gémir, bande de couillons ! on fait moins les malins maintenant, hein ? Ah ! Ah ! Ah !
Il alla chercher une bière dans le frigo et la dégusta dans son fauteuil fétiche, le regard dans le vide et le fusil encore fumant sur les genoux.
Quinze minutes plus tard, des policiers armés jusqu’aux dents surgirent chez lui.
Il essaya de leur expliquer la brouille avec ses voisins, mais déjà, trois agents étaient montés à l’étage, où ils avaient découvert au beau milieu de la salle de jeux, les cadavres ensanglantés de ses deux enfants de quatre et trois ans, tués par balle.

© Thomas Desmond – Février 2005
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VOYAGE DANS L’EAU-DELÀ
Une nouvelle de Thomas Desmond

Le jour où des savants français découvrirent dans de très vieux écrits de Léonard de Vinci l’incroyable formule qui permettait d’ouvrir une porte entre notre monde et celui de l’au-delà, deux milliards d’êtres humains se portèrent volontaires pour être les premiers à passer de l’autre côté. Des hommes et des femmes, des chercheurs, des médecins, mais aussi des plombiers et quelques spéléologues. On remercia tout le monde à la télévision et on embaucha des types pour boucher les boîtes aux lettres des mairies avec du ruban adhésif.
De folles théories virent le jour et enflammèrent les passions autour du globe. Le fameux minéralogiste Allemand Peter Otto attesta que l’au-delà était une sorte de monde à l’envers, où les hommes étaient des femmes et où les enfants étaient des vieillards. Le comique et médium belge Jean Bresse décrivit à la presse un de ses rêves prémonitoires où il avait vu l’au-delà comme un gigantesque supermarché où les âmes des défunts faisaient leurs emplettes, les chariots surchargés de produits manufacturés aux dimensions surprenantes. De son côté, la grande romancière Miss Denise Rochester, adepte fanatique des guéridons volants et autres tables oui-ja, informa par presse interposée les gouvernements du danger qu’encourait notre monde si l’on ouvrait le dangereux passage. Selon elle, l’au-delà était peuplé de démons rageurs qui attendaient depuis des temps immémoriaux que soit pratiquée une pareille ouverture entre leur monde de peine et le nôtre. Ils se déverseraient en quantité dans notre dimension et déstabiliseraient complètement les bases de la société actuelle, car d’après ses expériences de communication avec le royaume des ténèbres, les fantômes n’avaient que faire de la bienséance.
Une fois l’euphorie retombée, de grands instituts effectuèrent de nombreux tests sur des sujets conformes et décidèrent d’un cobaye. Un jeune cycliste amateur français nommé Pierre Durand (qui n’avait rien demandé à personne) fut choisi et très vite préparé à emprunter le fameux Passage vers l’autre monde. Malgré les réticences de sa famille et surtout de sa mère qui n’aimait guère le voir franchir les limites de l’Indre-et-Loire, il effectua de bonnes grâces les très sommaires simulations et répétitions qui lui furent imposées car, en effet, personne ne savait vraiment à quoi s’attendre. On lui fit faire du sport, beaucoup de badminton et de trampoline, ainsi qu’un peu de course à pieds. Il ingurgita des vitamines en masse pour préparer son métabolisme à une éventuelle carence en vivres et on lui coupa les cheveux. Il eût été regrettable que les habitants de l’au-delà ne l’eussent pris pour un rustique. Pierre fit la couverture de nombreux hebdomadaires que sa mère découpa et répondit à quelques questions sur différents journaux télévisés du soir que son frère enregistra, pour tes gamins comme il disait.
Toutes les sociétés n’avaient que son nom à la bouche : il allait être le représentant de l’espèce humaine dans l’autre monde, ce qui malgré tout ne semblait pas peser lourd sur ses minces épaules. Il reçut aussi quantité de ballots d’environ 200 livres chacun, remplis à ras bord de lettres d’admiratrices prêtes à l’épouser si toutefois il parvenait à revenir en un seul morceau de sa terrible odyssée.

Le jour J arriva enfin : les journalistes de presse, les radios et les télés du monde entier étaient présents à la base expérimentale de Cergy-Pontoise où l’expérience allait avoir lieu. Quelques gradins avaient été installés en extérieur, mais l’affluence était telle que la foule s’étendit à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. On dut évacuer avec des grues mobiles des centaines de corps piétinés à même le sol et des offices religieux peu intimes furent pratiqués pendant l’attente de l’événement.
Les caméras filmèrent une dernière fois Pierre dont le sourire se transforma en grimace facétieuse pour faire rire ses cousines.
Enfin, le moment tant attendu arriva : les savants tapotèrent sur leurs consoles pleines de boutons et ouvrirent le Passage magnétique. Alors que la terre entière retenait son souffle, Pierre fut poussé dans le dos sans ménagement à travers le passage, qui clignota et explosa dans une gerbe d’étincelles bleues.
La scène retransmise de Melun à Tombouctou généra un incommensurable cri de ferveur à travers la planète. Les savants gardèrent leur réserve et attendirent la réception du signal radio de Pierre. Malheureusement, il était perdu. Plus de traces du cycliste amateur.
Interdits, les scientifiques ne communiquèrent pas de suite la terrible nouvelle et décidèrent d’attendre quelques instants avant de prévenir la populace et les chefs d’États. Pierre allait sûrement faire surface, il le devait.

Pierre franchit la porte électrique et pénétra dans un monde plongé dans une obscurité puante. Sous ses pieds, le sol semblait de nature organique. Il alluma sa puissante lampe torche et vérifia son système radio. Une frayeur le prit quand il se rendit compte qu’il ne fonctionnait plus : l’émetteur ne produisait plus que des parasites. Il retourna l’appareil et vérifia que les piles étaient bien mises. Caressant l’espoir de retrouver derrière lui la porte encore ouverte sur son monde, il découvrit que la brèche s’était refermée. Malgré la déception, il ne se laissa pas aller au désespoir. Il allait bien finir par trouver une sortie quelque part, qu’à cela ne tienne !
Il arpenta avec peine des tunnels spongieux et glissants et regretta que les savants ne l’aient pas autorisé à prendre sa bicyclette.
Très vite, un air vicié le força à enclencher son système respiratoire automatique. À la lumière de sa torche, il explora de curieuses cavernes et fut étonné de ne voir aucun fantôme ni âme en peine errant dans les environs avec langueur. Il appela à tue-tête mais personne ne lui répondit. Peut-être sont-ils tous couchés, pensa-t-il, avant de regarder sa montre : elle s’était arrêtée ! Encore un fait étrange ! Cela ne lui plut guère.
Sans qu’il ne le sente venir, il éternua avec force. Le bruit se répercuta autour de lui et à son grand étonnement, le terrain fut parcouru de terribles secousses, le faisant rudement chuter et rouler par terre. Il se redressa tant bien que mal en pestant et se rendit compte qu’il avait perdu sa lampe torche. Pris de panique, il enclencha non sans difficulté sa vision infrarouge et observa le sol qui lui apparaissait en rayons x. Il comprit avec stupéfaction sa situation : sous la surface molle et transparente sur laquelle il marchait, palpitait le cœur d’un énorme bébé quasiment au terme de sa croissance. Le moutard ouvrit un œil démesuré et sembla contrarié par la présence du jeune Français. Sans plus attendre, il lui décocha à travers sa membrane embryonnaire un faible coup de poing qui envoya néanmoins valser le minuscule cycliste quatre centimètres plus loin, brisant du même coup la majorité de ses équipements de mesure et le laissant inconscient.
Pierre fut réveillé quelques heures plus tard par une sorte de tremblement de la surface sur laquelle il était inconfortablement allongé. Terrorisé et ne se rappelant plus très bien où diable il se trouvait, il décida d’attendre que les secousses cessent, mais un violent raz-de-marée le balaya et l’emporta plus bas.

Le chirurgien et la sage-femme qui participèrent à l’accouchement de Madame Catherine Verdier crurent avoir la berlue quand se présenta dans ses eaux un minuscule être humain, gigotant comme un ver au milieu du liquide. Heureusement, un bébé de taille normale lui succéda très vite, ce qui rassura les médecins accourus pour constater l’extraordinaire événement, ainsi que le père, qui l’espace d’une seconde, avait soupçonné, à tort, sa femme de l’avoir trompé avec un de ces minuscules habitants de certaines régions d’Afrique.
Quant à Pierre, il disparut sous les draps de la jeune maman et se cacha, terrorisé qu’il était par ce monde peuplé de géants.

FIN

© Thomas Desmond 2004
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RENCONTRE ETERNELLE
Une nouvelle par Thomas Desmond

Paul roule depuis maintenant trois heures. Au volant de sa Honda Civic noire, il a déjà parcouru les deux tiers du chemin qui doit le conduire chez sa mère gravement malade. La nuit est tombée depuis une heure, assombrissant les tristes paysages du centre de la France plongée dans le froid hivernal. Ses phares blafards et mal réglés balaient les troncs d’une forêt interminable. Après avoir écouté pendant le premier tiers de son trajet des émissions de radios régionales, il a coupé son poste et s’est plongé dans ses pensées ; il a mis sa mémoire en route pour descendre dans des sous-sols poussiéreux de sa conscience, à la recherche de souvenirs de son enfance depuis longtemps dans l’ombre. Il ne fait guère attention à sa conduite. La route est droite et le tracé de ses feux de croisement le guide vers sa destination, sans qu’il y prête la moindre attention.
Cela fait huit ans qu’il a quitté le domicile parental pour s’installer à Paris. Il ne se plaît guère dans cette morne mégalopole, et maintes fois il a pensé à revenir chez lui. Aujourd’hui, les circonstances de son retour ne lui plaisent guère mais c’est avec une excitation douce et feutrée qu’il sent la mémoire des lieux lui revenir.
La forêt qu’il traverse est très vaste, et il ignore qu’elle n’est plus guère empruntée que par des chasseurs et par des gens qui se sont perdus.
À plusieurs reprises il aperçoit des yeux luisants dans les fourrés qui longent la chaussée herbeuse. Il sait que ces bois grouillent de vie, et que là, au commencement d’une nouvelle noire nuit d’hiver, il n’est pas seul.
Ses rêveries sont brusquement interrompues. Il appuie de toutes ses forces sur la pédale de frein tout en essayant maladroitement de descendre les rapports de sa boîte de vitesse. En cette période de l’année, les gelées sont fréquentes, surtout sous le dôme glacé des arbres aux branches dénudées. Son système de frein s’enclenche et son véhicule s’immobilise brusquement après quelques soubresauts nerveux.

Son cœur bat très fort, et semble ne pas vouloir stopper sa course folle qui pourrait le conduire à l’explosion. C’est en tout cas ce que ressent Paul en constatant que sa calandre s’est arrêtée à une petite dizaine de centimètres des minces genoux d’une jeune femme en robe. Stupéfait et sous le choc, il a du mal à se dire que cette soudaine apparition est bien réelle. Pourtant…

Le cœur toujours affolé, il enlève sa ceinture de sécurité et sort de son véhicule. L’inconnue s’est un peu tournée vers lui, et sous le feu des phares, il peut voir qu’elle tremble. Son étroit visage est baigné de sueur, et ses longs cheveux roux et bouclés sont collés à ses tempes.
– Vous n’avez rien ? Je… je ne vous avais pas vue, je suis désolé…
Il s’interrompt à la vue des pieds nus de la jeune femme. Bleuis par le froid, ils sont couverts de marques ressemblant à des ecchymoses. Son regard remonte sur ses jambes. Elle est vêtue d’une étrange robe aux motifs démodés qui lui arrive au-dessus des genoux et qui semble lui coller à la peau. Elle le fixe intensément et il se sent gêné qu’elle l’ait vu la détailler des pieds à la tête.
– Vous avez eu un accident ?
En le regardant droit dans les yeux, elle fait un pas dans sa direction. Paul sent un frisson effleurer avec douceur son épine dorsale.
– Euh…Vous êtes sûre que ça va, je suis désolé si…
– J’ai eu un accident. Un accident de voiture.
La voix de la jeune femme surprend Peter. Sa mélodie douce et étrange le trouble et un autre frisson le saisit. Il cherche la voiture accidentée du regard mais ne la voit pas.
– Vous êtes sûre que vous n’avez rien ? Vous n’êtes pas blessée ?…
Ses yeux verts toujours plongés dans ceux de Paul, elle fait deux autres pas vers lui, et soudain se jette sur lui. Il étouffe un cri de surprise et se rend compte qu’elle l’enlace en le serrant dans ses bras. Contre son épaule il la sent étouffer de lourds sanglots. Étonné et gêné, il l’enlace maladroitement et lui rend son étreinte.
– Ça va aller, ne vous inquiétez pas. Je suis là, je vais vous aider…
Il lui caresse doucement le dos et il la sent se coller contre lui encore plus fort . Dans la lueur de ses phares, Paul essaye de voir où se trouve la voiture.
– Votre voiture, où est-elle passée ? lui demande-il doucement.
Elle ne répond pas mais la force de ses sanglots semble s’atténuer. Doucement elle se libère de son étreinte et recule d’un pas, laissant Paul les bras ballants. Son regard baigné de larmes est plus profond qu’avant, à tel point qu’elle semble vouloir regarder en lui.
Ses lèvres se mettent à bouger tout doucement, mais aucun son ne sort de sa bouche.
– Pardon ? Qu’est-ce que vous dites ? dit Paul tout se rapprochant d’elle pour mieux l’entendre.
– Votre maman. Elle souffre beaucoup ce soir.
Interloqué, Paul sent un nouveau frisson glacé se glisser sous ses vêtements.
– Comment vous savez ça ? Et…
– J’ai si froid.
Il détache son regard de celui de la jeune femme et il la voit grelotter de tout son corps.
– Venez dans ma voiture, il y a le chauffage.
Il lui ouvre la portière côté passager et lorsqu’elle s’installe, Paul remarque malgré lui que sa robe remonte un peu et découvre ses cuisses.
Quand il pénètre à son tour dans le véhicule, Paul constate que la jeune femme s’est déjà endormie, les mains délicatement croisées sur le ventre. Ses yeux sont attirés par les jambes à moitié nues et couvertes de petits grains de beauté.
Il se penche au-dessus d’elle et ouvre la boîte à gants, où il prend une petite lampe torche. Au passage, la manche de sa veste frôle le mince genou gauche, et la jeune femme endormie gémit dans son sommeil. Paul suspend son geste quelques instants de peur de la réveiller puis sort de la voiture.
La chaussée éclairée par ses phares est vierge de toute trace de freinage brutal et les herbes sur le bas-côté ne sont pas couchées ni aplaties. À la faible lueur de sa lampe torche il s’enfonce sous les arbres mais ne voit rien de plus. Intrigué, il se demande finalement si cette inconnue ne lui a pas raconté des histoires. Peut-être une auto-stoppeuse légèrement cinglée se dit-il. En un éclair de temps, il passe mentalement en revue tous les cas de figures possibles que son imagination peut développer, les plus plausibles comme les plus farfelus.
Il retourne dans sa voiture où dort toujours la jeune femme qu’il essaye de réveiller en lui appuyant sur le bras.
– Mademoiselle ?…
Il la pousse un peu plus fort et elle se met à gémir, apparemment troublée par un rêve agité, mais ne se réveille pas. Son regard dévie doucement vers les deux cuisses serrées l’une contre l’autre et il se prend à imaginer sa main remontant un peu plus la robe pour voir ce qui se cache en-dessous. Il souffle un bon coup et se traite tout bas de pervers. Il sourit et démarre.

Au bout de deux ou trois kilomètres, il allume la radio mais des interférences brouillent toutes les stations de la bande FM. Il l’éteint et se sent un peu gêné du silence brutalement revenu dans l’habitacle de la voiture. A côté de lui, la jeune femme respire doucement. Il l‘observe plus en détail et se rend compte que son visage a beaucoup de charme. Ses grands yeux clos aux longs cils épais lui donnent un air de madone et son épaisse chevelure rousse de lionne semble être un océan de douces lianes où il doit être risqué mais agréable de plonger la main. Tous ses traits sont fins, sa bouche comme son petit nez légèrement retroussé, et un air de noblesse émane de ses pommettes hautes et saillantes. Paul se dit qu’il aurait pu tomber plus mal.
Brusquement, la jeune femme ouvre grand les yeux, faisant sursauter Paul qui donne un mauvais coup de volant. Il pousse un cri de surprise et la voiture fait une embardée sur la gauche, et pendant une seconde qui semble s’étirer dans le temps, elle penche dangereusement à gauche, prête à basculer, mais elle retrouve aussitôt sa trajectoire.
Le cœur de nouveau battant, Paul se tourne vers la jeune femme.
– Désolé, vous m’avez fait peur, je vous croyais endormie.
– Où sommes-nous ?
– On a dû faire une dizaine de kilomètres depuis l’endroit où vous avez eu votre accident, et…
– Mon accident ? répète-elle à voix basse, étonnée.
– Oui, vous avez eu un accident de voiture, vous ne vous rappelez pas ? C’est ce que vous m’avez dit, mais je n’ai pas retrouvé votre voiture.
– Ma voiture ?
La jeune femme semble perdue et ne rien comprendre.
– Vous avez dû avoir un choc, ça va vous revenir. J’aurai bien appelé la police ou une ambulance mais mon portable ne capte pas dans cette foutue forêt.
Il attend qu’elle lui dise quelque chose mais elle reste silencieuse.
– Je vais vous conduire jusqu’au prochain village, et on appellera d’une cabine. Ça doit être à cinq ou six kilomètres maintenant.
Elle prend sa respiration, comme si elle allait dire quelque chose de gênant.
– Est-ce que vous fumez ?
– Ah non, désolé, j’ai arrêté voilà un an, dit Paul en souriant.
Ne recevant aucune réponse, il tourne la tête et voit qu’elle se met à pleurer, doucement, sans bruit.
– Pourquoi vous pleurez ? À cause des cigarettes ?
Elle ravale ses larmes et déglutit.
– Pardon, dit-elle dans un souffle. Quand je dormais tout à l’heure…
– Oui ?…
– J’ai senti que… que vous me regardiez.
Paul sent le rouge lui monter aux joues, et sans réfléchir, il rétrograde sans raison et le moteur de la voiture hurle. Il s’éclaircit la gorge et sourit nerveusement.
– Comment pouvez-vous savoir que je vous ai regardée si vous dormiez ?
Elle se redresse sur son siège et attache sa ceinture de sécurité.
– Je l’ai senti, de la même façon que j’ai senti que votre maman n’allait pas bien.
Paul avait oublié ce fait étrange.
– Il faut vraiment qu’on s’achète un paquet de cigarettes, parce que là ça fait un peu trop de choses bizarres d’un coup, vous ne trouvez pas ?
Elle sourit et pose sa main sur celle de Paul appuyée sur le levier de vitesse. Il frissonne à son contact et se tourne pour la regarder, le cœur tendu. Elle le regarde de ce même regard pénétrant qu’elle lui avait lancé plus tôt et il sent en lui des choses se libérer, comme si ce sourire entourant ce beau et étrange visage lui rappelait quelque chose, quelque chose d’agréable et de beau.
– Merci pour m’avoir aidée. Je savais que vous viendriez lui dit-elle en raffermissant sa prise sur la main de Paul.
– Vous le saviez ? demande-il d’une voix qu’il ne reconnaît pas.
– Oui.
Son regard semble soudain l’hypnotiser à tel point qu’il ne fait même plus attention à la route. La voiture dévie légèrement et va frotter contre le bas-côté humide. Paul sort alors avec mécontentement de sa béatitude, retire sa main du levier de vitesse et se concentre à nouveau sur la route.
– Comment vous appelez-vous ?
– Emilie.
Paul sent aussitôt un air de déjà-vu l’envahir, accentuant son trouble.
– Emilie, répète-il doucement pour lui-même, en prononçant distinctement chaque syllabe. C’est un très joli prénom.
Il se sent tout de suite bête d’avoir sorti pareille niaiserie.
– Merci, Paul c’est pas mal non plus.
– Merci m… Il ouvre de grands yeux. Comment savez-vous mon prénom ?
– Je…
– Vous le saviez d’avance, comme le reste ? dit-il sur un ton un peu blasé.
– Exactement.
– Bon eh bien ça doit être pratique ce genre de don pour cocher vos grilles de loto non ?
– Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
– Le loto ? Vous ne connaissez pas ? Avec les boules dans l’espèce de grand machin transparent là ? Vous ne voyez pas ?
Elle le regarde avec de grands yeux, comme s’il venait de parler dans une autre langue.
– Pas du tout. Je suis désolée.
– Oh laissez tomber…
Ils gardent le silence quelques instants, bercés par le ronronnement de la Honda.
– Paul, il faut que je dorme. Dans un lit.
Un peu décontenancé, il cherche quoi répondre à ça.
– Eh bien… Je ne sais pas s’il y a un hôtel au prochain village, sinon on peut aller directement voir la police pour qu’ils recherchent votre voiture et…
– Je veux que vous restiez avec moi, dit-elle sur un ton qui indique que le choix n’est pas permis.
De plus en plus rouge, Paul se redresse sur son siège et réfléchit rapidement aux choix de réponse qu’il a à sa disposition.
– C’est que… je dois aller retrouver ma mère, et il est déjà tard…
– Juste pour cette nuit, je ne veux pas… je ne peux pas rester seule cette nuit, je vous en supplie !
– Vous avez bien de la famille quelque part qui pourrait venir vous chercher non ?
– Non.
– Attendez, (il hausse d’un ton) je ne comprends plus très bien là : vous êtes perdue en pleine forêt habillée en robe d’été alors qu’il fait moins quinze degré dehors, oui je sais, j’exagère, votre voiture a disparu, vous n’avez pas de sac à main, pas d’affaires, rien ! Mais qu’est-ce que vous faisiez là bon Dieu ?
La jeune femme reste silencieuse et affiche un air coupable.
– Excusez-moi si j’ai un peu haussé la voix, se rattrape Paul, mais je commence à perdre un peu les pédales avec votre histoire là.
– Je suis désolée. Je ne peux rien vous expliquer pour le moment. Mais je vous le répète : il faut absolument que vous restiez avec moi cette nuit, c’est très important pour moi.
– Pourquoi cela est-il si important ? On ne se connaît que depuis quelques minutes, dit-il, un peu désabusé.
– Alors comment expliquez-vous que j’ai tout de suite su pour votre mère ? Et pour votre prénom ?
– Je vous retourne la question.
– Je ne sais pas moi-même, mais il y a forcément une raison. Tout ceci a un sens.
– Si vous le dites.
– Je sens au fond de moi qu’il faut absolument que nous restions ensemble cette nuit.
Paul la regarde avec circonspection, il se demande si elle est sérieuse ou si elle est en train de le balader.
– Bon, écoutez…
– Tutoyez-moi.
– Écoute-moi alors… Émilie. Voilà ce qu’on va faire : si on trouve dans le prochain bled un hôtel ouvert, ce qui m’étonnerait fort…
– Il y en aura un, le coupe-t-elle.
– Encore une de vos, pardon, de tes intuitions ?
– Oui je crois.
– Et bien je resterai avec toi pour cette nuit et demain matin on ira voir les flics d’accord ?
Elle sourit soudain d’une telle force qu’il ne peut s’empêcher de l’imiter.
– Quoi ? demande-il, ses joues étirées malgré lui aussi vers le haut.
– Je ne sais pas, mais cela m’enchante au fond de moi.
– Eh bien tu m’en vois ravi.
– Ça t’embête beaucoup ? dit-elle, penaude.
– Mais non, dit-il, un peu d’imprévu, ça fait pas de mal après tout.

Comme Émilie l’a senti, il y a bel et bien un hôtel ouvert dans le petit bled qui borde la lisière de la forêt. Paul se gare sur le parking de falun apparemment vide et ils sortent du véhicule. Le froid mordant les saisit à la gorge et il lui tend sa veste qu’elle glisse sur ses fines épaules.
Ils poussent la porte d’entrée et un petit carillon résonne au-dessus d’eux. Une aimable femme d’un certain âge leur donne une chambre et semble ne pas remarquer l’absence de bagages du curieux couple. Elle leur montre rapidement la chambre à la décoration surannée et les laisse en leur souhaitant bonne nuit.
Un peu gêné, Paul se rend compte qu’ils n’ont même pas pensé à demander une chambre avec deux lits séparés. Assise sur le bord du lit, Émilie devine sa gêne.
– Ça t’embête que l’on dorme ensemble ?
Une nouvelle fois tout rouge, Paul se demande d’où peut bien venir cette fille.
– C’est que… Je n’ai pas tellement l’habitude de partager le lit de quelqu’un que je viens de rencontrer. Peut-être qu’on pourrait prendre une autre chambre, non ?
Elle fait la moue et se lève du lit. Elle s’approche lentement de lui. Sous l’éclairage doux et clair de la chambre, Paul la voit mieux que jamais : son corps magnifique seulement protégé d’une robe bleue d’un autre temps à petites fleurs blanches est diablement attirant. Il voit ses petits tétons tendre le tissu déjà gonflé par sa poitrine pleine et galbée, et il a envie de la caresser à pleines mains. Sa peau blanche piquée de grains de beauté a l’air douce et chaude. Elle s’approche plus près de lui, il ne recule pas. Il se noie dans ses yeux si profonds et se sent attiré par sa bouche fine et élégante, qui semble vouloir s’ouvrir pour le couvrir de baisers. Elle pose ses mains sur ses épaules et agrippe sa nuque avec tendresse. Le contact de sa peau contre son cou le fait frissonner et il sent son odeur, très différente de l’arôme d’un parfum synthétique. Son visage est inéluctablement attiré par le sien et vient le moment où leurs deux bouches sont prêtes à se rencontrer.
– Embrasse-moi, susurre-t-elle d’une voix tendre mais impérieuse.
Paul n’a pas le temps de répondre : leurs lèvres se touchent enfin, se lèchent, s’aspirent et se caressent doucement, sans bruit. Puis leurs langues se rencontrent enfin, et Paul se sent soudain comme perdu dans les replis d’une rose géante. Tout ce qui suit est empli de roses rouges et de plaisir. Émilie semble s’accorder parfaitement à lui, anticipant chacun de ses mouvements, le serrant toujours plus fort, collant son corps contre le sien, sa cuisse dénudée frottant la hanche de Paul qui sent l’excitation monter en lui comme un feu dans une grange pleine de vieux foin. Il sent qu’il est en train de vivre le plus bel instant amoureux de toute sa vie, et il se réjouit en sentant Émilie qui l’attire vers le lit, tout en le déshabillant adroitement d’une seule main, l’autre étant occupée à le caresser en un endroit situé plus bas que la nuque.

Tout ce qui suit est amour : amour dans les gestes et dans le silence imposé par l’immense plaisir ressenti par chacun. Paul se sent renaître alors qu’il fusionne littéralement avec Émilie, accordant son rythme au sien comme s’ils ne faisaient qu’une seule et même personne. Elle le couvre de baisers mouillés et langoureux, semblant vouloir l’étouffer de tendresse et d’amour. Le corps de vénus de l’étrange jeune femme n’est que volupté et Paul sent son plaisir renaître à chaque fois qu’il atteint l’extase, la comblant pendant une durée que ni l’un ni l’autre ne saurait évaluer avec précision.
Paul s’endort collé à Émilie et plonge de toute son âme dans un océan de roses douces et soyeuses qui l’éloignent un long moment de notre réalité.

Paul ouvre brusquement les yeux. La petite chambre est légèrement éclairée par la lumière du jour faiblement filtrée par les rideaux. Il sent tout de suite dans l’air une forte odeur de sexe et se rappelle soudain les torrides événements de la veille. Il pose sa main sur le côté du lit, mais ne trouve pas le corps d’Émilie. Il se tourne brusquement et c’est alors que se passe quelque chose d’impossible.

Paul voit devant ses yeux des cheveux frisés roux pendre sur son front. Il porte les mains à son crâne et découvre avec stupeur que ce sont ses cheveux qu’il est en train de toucher. Il tire une mèche et sent la douleur vriller son cuir chevelu. Il se lève d’un bond du lit et s’immobilise instantanément : tous ses repères fondamentaux qui le lient à son corps et à son centre de gravité propre ont disparu : son corps a changé. Il baisse les yeux et voit deux seins à la place de ses anciens pectoraux. Il les touche et sent une sensation inconnue courir le long de son ventre. Sentant le sang fuir de son visage, il s’assoit sur le bord du lit et attend que sa tête arrête de tourner. Il voit ses jambes minces et belles, la toison rousse bouclée tapie entre ses cuisses et son pénis disparu. Il voit les taches de rousseur sur sa peau et soudain il comprend. Il court à la salle de bain et manque défaillir en découvrant dans la glace le reflet d’Émilie.
Il crie de toutes ses forces et voit son reflet l’imiter. Il est surpris par le cri aigu qui sort de sa gorge, dont la pomme d’Adam s’est comme le reste volatilisée. Paul sent sa vue se troubler, ainsi que ses pensées.
On frappe à la porte. Il sursaute.
– Mademoiselle, vous allez bien ? demande une voix de femme.
Paul comprend que c’est la patronne de l’hôtel.
Il déglutit et se pince la peau de l’avant-bras pour sortir de son hébétude et aussi pour vérifier que tout ceci est bien réel.
– Ça… Ça va merci. J’ai cru voir… euh… une araignée…
La femme s’éloigne dans le couloir.
Paul retourne dans la chambre et voit que ses vêtements et ses affaires personnelles ont disparu. Sur une chaise est posée la robe d’Émilie. Il s’avance et l’enfile. Il découvre avec étonnement la sensation de porter une robe à même la peau, le tissu caressant ses nouveaux seins.
Il pousse les rideaux et regarde dehors : sa voiture a disparu, comme Émilie.
Sentant son monde s’écrouler autour de lui, il s’assoit sur le bord du lit et essaye de se concentrer, tentant de rassembler ses souvenirs de la veille. Il pense à sa mère, mais n’arrive plus à se rappeler pourquoi il devait aller la voir. Et où habite-t-elle ? Il ne sait plus très bien.
Devant l’énormité de la situation, il se sent planer, et revoit soudain les roses envahir son champ de vision. Inconscient, il se lève et sort de la chambre, pieds nus, comme l’était Émilie la veille.

Il passe devant la réception à demi conscient, mais n’entend pas la gérante lui dire que le monsieur a déjà tout réglé. Il sort de l’hôtel mais ne sent pas le froid du petit matin attaquer sa peau et la plante de ses pieds. Il ne voit que les roses, à perte de vue, mais il devine qu’il doit en trouver une bien précise, s’il veut que tout rentre dans l’ordre.
Il rejoint la route qu’il a empruntée avec Émilie la veille et part vers la forêt. Il commence à oublier qui est Émilie et qui est Paul, car quelque chose en lui de tapi sous la mer de roses lui suggère à voix basse que Émilie, c’est peut-être lui.
Il marche donc vers la forêt, et commence à comprendre qu’il est devenu elle.

Elle reprend connaissance et découvre autour d’elle la forêt glacée et déjà quasiment plongée dans l’obscurité. Ses pieds sont douloureux : des petits cailloux se sont nichés entre ses orteils et les ont entaillés. Elle grelotte et se frotte les bras. Elle pense de moins en moins à ce qui s’est passé la veille et semble oublier peu à peu sa rencontre avec Émilie.
Elle marche des heures durant, sans conscience du temps qui passe.
De curieux sons émanent de la forêt et la nuit tombe de plus en plus vite. Bientôt elle ne verra plus rien et mourra de froid.
De plus en plus paniquée et gelée, elle s’arrête et sent un lourd engourdissement saisir ses os, et le noir s’abat sur elle de plus en plus vite. Très vite elle ne voit plus les bords de la route.
Dans un état second, elle décide de reprendre sa marche afin d’éviter de mourir de froid sur place.
Ses pas frêles et peu assurés ne la mènent pas bien loin.
Une lumière blafarde et aveuglante explose soudain devant elle. À bout de forces et nerveusement terrassée, elle s’immobilise et attend passivement que la lumière ne la transperce de part en part.
Elle entend un crissement de pneus qui lui déchire les tympans, et elle devine devant elle, immobilisée à une petit dizaine de centimètres de ses jambes, une voiture noire dont le conducteur sort aussitôt.
– Vous n’avez rien ? demande le jeune homme d’une voix affolée. Je… je ne vous avais pas vue, je suis désolé…
Paul, ou plutôt Émilie, se demande l’espace d’un instant suspendu dans le temps qui il, ou elle, est vraiment, mais en voyant le regard du jeune homme qui le ou la détaille de haut en bas, il ou elle sent au fond de son âme recouverte de roses rouges qu’elle est une femme.
Elle est Émilie, et cet homme va l’aider.

FIN

© Thomas Desmond 2004
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DANS LE NOIR
Par Thomas Desmond

Sa mère le borda avec soin et l’embrassa sur le front.
– Bonne nuit mon chéri, lui murmura-t-elle en s’éloignant dans la semi-pénombre. Elle
s’arrêta sur le pas de la porte et se retourna une dernière fois.
– Fais de beaux rêves.
– Toi aussi, m’man !
– Est-ce que je ferme la porte ?
– Non ! Laisse-la à moitié ouverte s’il te plaît, supplia-t-il.
– Bon, alors juste un petit peu.
Elle laissa un mince entrebâillement et s’éloigna dans le couloir.
Nicolas écouta le bruit de ses pas dans l’escalier. Il était de nouveau seul à l’étage,
perdu au milieu d’un dédale de couloirs plein de sombres recoins, avec comme seul
rempart son lit et sa couette Pluto.
Il avait décrit en détail à sa mère la foule de monstres nocturnes susceptibles de venir
le dévorer tout cru, mais elle avait ri. Quelle insouciance ! Loups-garous sans muselière,
araignées mutantes piqueuses, sorcières cannibales et autres vampires invisibles
peuplaient ses nuits mais il était le seul à en appréhender le danger.
Il s’enroula comme un rouleau de printemps dans l’épaisseur protectrice de la couette
et observa pour la millième fois sa chambre plongée dans le noir.
Dans la journée, c’était une pièce très banale, où il jouait et faisait ses devoirs en toute
sécurité, à tel point qu’il oubliait parfois qu’il était seul à l’étage. Mais dès que les lumières
s’éteignaient, tout changeait et il se retrouvait isolé dans un monde dangereux et effrayant.
Ses peluches alignées sur le rebord de son armoire le fixaient de leurs grands yeux
synthétiques. Elles si joyeuses quand la lumière du soleil les réchauffait le terrifiaient
maintenant qu’il avait du mal à les reconnaître, comme si des doubles maléfiques avaient
pris leur place.
Il observa les posters de basket punaisés aux murs. Des joueurs américains en pleine
action le narguaient de leurs grandes pupilles sombres. Un des athlètes semblait même lui
sourire bizarrement. Nicolas se concentra sur la photo et sentit la peur monter en lui. Ce
jeune joueur des Indiana Pacers semblait vraiment le regarder, droit dans les yeux.
Sentant des picotements aiguillonner son petit coeur, il se força à regarder ailleurs et ses
yeux se posèrent sur son bureau.
Quelqu’un était couché dessus ! Il sursauta et fut rempli d’épouvante.
Il plissa les yeux par deux fois et constata l’impossible horreur. Une sombre silhouette
était allongée sur le côté en position foetale et lui tournait le dos. L’angoisse glacée coula
dans ses veines. La silhouette respirait, il arrivait presque à voir son flanc se soulever
régulièrement. La peur grandit en lui et sembla vouloir sortir sous la forme d’un cri.
Il s’enfonça profondément sous sa couette et la tira sur son visage. Il tremblait et ses
membres étaient engourdis.
La chose allongée sur son bureau ne bougeait plus. Peut-être un cadavre, suggéra son
esprit qui s’efforçait de toute son énergie et bien malgré sa volonté à imaginer les plus
macabres hypothèses.
Un Indien scalpé ? Un tueur fou de grande taille qui n’aurait pas trouvé de place pour
se cacher convenablement ? Un clochard dévoreur d’enfant n’ayant trouvé que sa
chambre pour y passer la nuit, et qui sait, peut-être y trouver de quoi grignoter ?…
Nicolas se mit à transpirer.
Il eut le courage de sortir un avant-bras tremblant hors de la couette pour attraper le
cordon de sa lampe de nuit. Il alluma la lumière en se retenant de hurler d’effroi et de
s’enfouir sous la couette protectrice.
Des vêtements. Ce n’était qu’un banal paquet de linge sale que sa mère avait dû poser
là pour faire une lessive le lendemain matin. Sa peur s’estompa et il embrassa sa chambre
du regard, pour vérifier que rien d’autre n’aurait pu se révéler suspect une fois la lumière
éteinte.
Une vieille poupée sur le rebord de l’armoire accrocha son regard. Elle avait bougé, il
en était sûr. La peur le reprit et il fit un bond sur lui-même quand l’ampoule de sa lampe
de chevet grésilla et s’éteignit.
De nouveau il était plongé dans le noir, avec une poupée vivante et démoniaque tout
près de lui. Son cousin lui avait parlé d’un film avec une poupée qui tuait des gens, un
film qui faisait très très peur, à ce qu’il disait.
Il essaya de rallumer sa lampe, mais l’ampoule était vraiment morte. Il perçut du coin
de l’oeil un mouvement. Il ramena instantanément sa main sous la chaleur de la couette et
regarda vers la poupée. Elle avait bougé. Un instant il crut même qu’elle avait disparu. À
cette pensée, il sentit son dos se contracter sous la terreur qui l’assaillait. Il s’emmitoufla
presque complètement sous la couette. Seuls ses yeux dépassaient.
Soudain la lumière dans le couloir s’éteignit, plongeant la chambre dans une obscurité
totale. Il gémit mais n’osa pas se lever pour aller rallumer et encore moins appeler sa
mère. Il ne voulait plus se faire traiter de gros bébé de huit ans. Des dizaines de fois déjà
il l’avait appelée en pleine nuit pour qu’elle vienne le rassurer.
Un bruit très léger résonna en haut de l’armoire. Il chercha la maudite poupée du
regard, mais ses yeux ne distinguèrent que des formes floues.
Un glissement…
La porte de l’armoire coulissait lentement sur son rail. Tétanisé, il écouta du mieux
qu’il put et il eut la terrible confirmation : quelqu’un ou quelque chose était tapi dans son
placard. Un horrible monstre qui attendait patiemment qu’il s’endorme pour le manger tout
cru. Nicolas pensa tout de suite au mystérieux marchand de sable dont sa mère lui avait
parlé un jour. Un homme sans nom qui venait voir les enfants la nuit. Cela l’avait toujours
terrorisé, d’autant plus que les parents laissaient faire ! Peut-être venait-il le chercher ce
soir ?
Il entendit un rire. Un rire de petite fille, enfantin mais sinistre, qui trancha l’épaisse
obscurité. Nicolas gémit et s’enfouit totalement sous la couette. Il pleura doucement et
redouta la chose qui allait sûrement soulever un pan de la couverture ou le pincer avec ses
doigts crochus à travers l’épais rembourrage de coton.
Dans son abri noir et chaud, les sons extérieurs semblaient étouffés. Tout à coup la
porte de son armoire se referma après une longue glissade. Il perçut des bruits de pas,
ponctués d’éclats de rires sardoniques. Il enfouit sa tête dans ses mains et essaya de
penser à autre chose. Tout cela ne pouvait être réel, c’était sûrement son imagination.
À travers la couette, quelque chose lui toucha dans le dos et lui attrapa le bras. Il hurla
et fut secoué d’une crise de spasmes nerveux, alors que la main le tirait toujours plus fort.
Tétanisé, il glissa hors du lit et la couette fut arrachée à ses petites mains. Une vague de
fraîcheur parcourut sa peau. Il ouvrit les yeux et contempla avec horreur dans le noir la
chose luisante qui l’avait tiré de son lit.
Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il tomba à la renverse sur la moquette épaisse.
Dans un demi-sommeil tourmenté par d’affreux cauchemars, Nicolas sentit de petites
mains maladroites le tirailler dans tous les sens, l’agripper, le griffer, sans qu’il puisse leur
résister ou leur rendre un coup. Il voulait pleurer et hurler pour alerter sa mère, mais plus
aucun son ne sortait de sa bouche. Elle était comme obstruée, ou plutôt comme… cousue.
Il replongea dans les marais d’un monde boueux et nauséabond et sentit qu’il quittait son
corps, qu’il perdait tous ses sens et le contact avec la réalité. Plus de toucher, plus
d’apesanteur. Ses hurlements s’étouffaient dans son cerveau avant même que celui-ci
n’émette l’ordre à la bouche de les proférer. Tout en lui semblait bouché et empli de
matière poussiéreuse et cotonneuse.
Encore les ténèbres. Sa conscience s’éteignit.
Ses yeux s’ouvrirent sur sa chambre plongée dans la clarté du petit matin qui filtrait à
travers les rainures des volets.
Sa vue était changée, figée et immobile. Il se rendit compte avec stupéfaction qu’il
était très proche du plafond de sa chambre. Jamais il ne l’avait vu de si près. De petites
toiles d’araignées s’étiraient ci et là.
Pris d’une irrépressible panique qui ne voulait pas sortir, il se vit dans son lit, allongé
sous la couette. Se voir lui fit presque perdre la raison. Il essaya de bouger mais aucun de
ses membres ne répondit à son ordre. Usant de toute sa force, il fit pivoter son champ de
vision.
La poupée le regardait avec un grand sourire rose cousu sur sa face de chiffon. Il
essaya encore de bouger, mais son nouveau corps n’était pas relié à son esprit. Il tenta de
hurler de toutes ses forces, mais rien ne sortit de sa gorge factice. Il essaya de bouger ses
lèvres. Rien. Plus rien.
Sa raison sur le fil du rasoir commença à se pencher au-dessus d’un grand vide, un trou
d’où il ne pourrait jamais ressortir. Jamais.
Il chuta.
La mère de Nicolas pénétra dans sa chambre.
– On se lève là-dedans ! il y a école ce matin !
Tout de suite, elle remarqua sur le sol au pied de l’armoire une petite peluche qui était
tombée. Elle la ramassa et se hissa sur la pointe des pieds pour la remettre en haut de
l’armoire à côté des vieilles poupées de son fils.
Elle ne remarqua pas la lueur de folie dans les yeux de l’ourson.

FIN
© Thomas Desmond 2004
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